vendredi 15 août 2014

Layane ne peut plus reculer

Layane a pris sa décision : elle part à la recherche de son identité, autrement dit, de son père. Elle n'en est pas sûre, mais elle veut croire qu'il est vivant et que tout est encore possible entre eux.

Asphalt, Aspiration, Clouds, Cloudy
Layane est en partance


Mon estomac se resserre, lorsque j’ouvre la porte à l’arrière du magasin. L’univers familier fait baisser d’un cran ma motivation à affronter l’inconnu.
-          Layanne! Qu’est-ce tu fous là?
-          Dis-le, si je dérange!
Jérémy me lance une grande tape dans le dos et me prend dans ses bras, un peu trop fort, un peu trop longtemps.
-          C’est plus pareil depuis que t’es plus là.
Je baisse les yeux, ne sachant quoi dire. Heureusement, Nathalie surgit à cet instant.
-          Layanne! Tu reviens déjà?
-          Non… je, en fait, j’ai besoin que tu me rendes un petit service, si ça ne te dérange pas.
-          Sinon, moi, ça va, merci!
-          Jérémy, excuse-moi! Je pense beaucoup à vous, tu sais, c’est juste que là, je n’ai pas trop le temps et…
-          Ça va, ça va, j’ai compris, je vous laisse entre filles…
-          Jérémy!
-          Laisse-le. Tu lui manques, je crois, me murmure Nathalie en me faisant un clin d’œil.
Je sens le feu rougir me joues. Ma patronne part d’un grand éclat de rire, puis reprend son sérieux et m’invite à expliquer la raison de ma visite.
Une demi-heure plus tard, je rentre au studio, le sourire aux lèvres. Mon projet se concrétise, je n’ai plus qu’à préparer mes affaires.
Comme prévu, Nathalie a accepté sans problème de m’accompagner à Choisy. J’ai bien compris qu’elle mourait d’envie de me questionner sur mes projets, mais je n’avais pas envie de m’étendre sur le sujet.
Pas encore. Pas avant que j’en sache davantage.
Je lui ai juste expliqué que je ne partais pas en vacances, mais à la recherche d’informations qui me permettraient à priori de résoudre certains de mes problèmes.
Sans comprendre, elle m’accorda sans réserve son soutien et une fois de plus, je ne pus m’empêcher de faire la comparaison avec ma mère que je n’avais jamais senti à mes côtés.
Justement, un message sur le répondeur.
Je… j’ai besoin de te parler. Je sais que tu m’en veux, mais tu ne dois pas rechercher ton père… ça ne t’apportera rien. Enfin, tu dois t’enlever ça de la tête. De toute façon, tu n’as aucune chance de le retrouver… Rappelle-moi ou passe à la maison, mais préviens avant.
-          Tu dois? Aucune chance? Merci! Merci maman! Tu ne pouvais dire mieux pour me booster! T’oublie juste une chose : je n’ai pas d’ordre à recevoir de toi! Va au diable!
Mon corps transpire de colère et de violence. Ma réaction est disproportionnée, je le sais, mais, comme d’habitude, je ne peux la contrôler.
En tout cas, une chose est sûre : c’est exactement ce que j’avais besoin d’entendre pour renforcer mon courage.
Le reste de la journée se passe à vérifier l’itinéraire, trier les affaires que je veux emmener, faire des lessives…
Quand le jour cède la place, je me résous à me coucher, mais j’ai du mal à trouver le sommeil à la pensée de ce qui m’attend, toutefois, je suis déterminée et je ne me suis pas sentie aussi bien dans ma tête depuis des lustres.
Le lendemain, le temps se joue de moi et accélère le mouvement des aiguilles.
Entre les courses afin d’avoir quelques provisions pour partir, mon forfait téléphonique à modifier sur les conseils du propriétaire du camping-car et les différentes démarches administratives liées à mon départ, je n’ai pas vu le jour.
Dans la soirée, je reçois un texto de Nathalie; elle passe me prendre demain à 8h30 précises, parce qu’elle veut être de retour au magasin, avant la fin de matinée.
À présent que le silence et l’inertie ont pris possession de la pièce, je sens de nouveau l’angoisse m’étreindre.
Ai-je raison de m’obstiner? C’est vrai que je n’ai quasiment aucune chance de retrouver mon père.
Oui, mais j’ai l’intuition que, quoi qu’il arrive, ce voyage va transformer ma vie. Reste à savoir si ce sera en bien ou en mal.
-          En bien! Ce sera en bien, point final!
Merci monsieur Coué…
Le lendemain.
-          Tu es sûre de toi?
-          Oui.
-          Tu pars longtemps?
-          J’ai loué le camping-car pendant dix jours, mais le proprio m’a dit que, pour le moment, il était dispo jusque fin juillet.
-          Fin juillet! Mais ça va te coûter une fortune!
-          Attends, je n’ai pas dit que j’allais partir tout ce temps-là!
Ma patronne s’inquiète et ne s’en cache pas. J’ai hâte d’arriver à Choisy pour me retrouver seule avec moi-même. Sa sollicitude me touche, mais finit par m’agacer. Sans doute, la peur d’être contaminée par son anxiété.
-          Mon Dieu, mais c’est immense! Comment vas-tu conduire un truc pareil?
Je la rassure comme je peux. Elle m’aide à rentrer mes affaires dans la cellule, puis me quitte à contrecœur.
Regarder sa voiture s’éloigner me laisse un instant fragile et désemparée, mais, c’est d’un pas décidé que, finalement, je me dirige vers mon « tank » et ouvre la grande et lourde porte, côté conducteur.
L’arrière du véhicule me paraît si loin! J’ai l’impression de pénétrer dans un petit studio et me sens comme un escargot qui voyage avec sa maison sur le dos derrière soi. C’est assez agréable comme idée.
Je range rapidement mes affaires. Le propriétaire a insisté sur ce point.
-          Tout ce qui traîne ou est mal rangé est voué à tomber, voire à se casser quand vous prendrez le volant!
Je mets donc mon ordinateur en lieu sûr, enfourne mes vêtements et mes livres dans les éléments. Je dispose mes accessoires de toilette dans la salle de bain et je prends place derrière le volant.
Un coup d’œil dans les rétroviseurs… je ne vois rien!
Une toute petite fenêtre donne sur l’arrière du véhicule, mais elle n’est pas face au rétroviseur central, donc ne m’est d’aucune utilité pour manœuvrer. Seuls les rétros de droite et de gauche peuvent m’aider.

Je respire un grand coup et démarre.


Layane ne sait pas ce qu'il attend, comme chacun d'entre nous. Cependant, sa motivation est sans faille et c'est la seule chose qui compte. Lorsque l'on prend la bonne décision, souvent, les doutes sont levés, au moins pour un temps...
Bon week-end :-)


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